Editorial : LES SUBSTITUTS OSSEUX


 
C'est très fréquemment que nous sommes confrontés au problème de la réparation d'une perte de substance osseuse, qu'elle soit d'origine traumatique, tumorale ou dégénérative.Le recours à l'autogreffe semble la meilleure solution, au moins sur le plan théorique, car elle évite tout problème immunologique ou de transmission d'une pathologie infectieuse. Mais nous connaissons tous ses limites, tant en qualité qu' en quantité, surtout chez la personne âgée. Nous connaissons par contre moins sa morbidité, bien qu'ayant chacun déjà eu quelques complications ; elles sont d'ailleurs plus fréquentes qu'on ne le pense (1). Les chirurgiens orthopédistes et traumatologues se sont donc logiquement tournés vers d'autres solutions, telles les xénogreffes et surtout les allogreffes. Les premières ont eu leur heure de gloire mais sont à peu près abandonnées. En effet les hétérogreffes bovines (2 à 6) ne sont malheureusement jamais bien intégrées et certaines, maintenant interdites, ont présenté à terme de graves complications mécaniques par collapsus ; elles présentent enfin un risque de contamination infectieuse, et ils n'en restent par ailleurs guère sur le marché. Le corail (7 à11) , traité et purifié, a fait l'objet de quelques publications avec un bon résultat dans la chirurgie du rachis ; ailleurs les résultats sont globalement plutôt mauvais avec souvent séquestration et écoulement aseptique, notamment près des articulations. Les allogreffes (12 à 14) ont eu leur essor dans les années 80 avec l'arrivée des reprises pour descellements de prothèses totales de hanche. Elles partagent avec ces xénogreffes un risque infectieux résiduel potentiel par micro-organismes connus ou encore inconnus, malgré des préparations sophistiquées. Elles présentent, en plus de ce risque infectieux, un risque de rejet comme toutes les greffes ce risque de non intégration d'origine immunitaire est également diminué par la préparation très coûteuse des greffons dont les prix sont devenus réhidibitoires, mais persiste dès lors que persistent des résidus organiques , protéiques ou autres, étrangers au receveur. Cela avait été annoncé (15 à 18), et tout le monde a un pourcentage d'échecs tardifs d'allogreffes inexplicables par des erreurs techniques ou autres. Le taux en est variable probablement comme la réactivité immunitaire variable d'un individu à l'autre, fonction du greffon implanté.

Ceci explique le développement exponentiel ces dernières années des substituts osseux phospho-calciques de synthèse, pourtant connus depuis longtemps déjà (19 à 42). L'hydroxy-apatite pure n'a été utilisée que de façon ponctuelle vu sa densité et donc sa faible bioactivité, au moins en formes classiques.Le phosphate tricalcique (43 à 47) reste utilisé, bien que de moins en moins, avec une excellente intégration ; la résorption par contre est très variable et toujours bien moindre que ce que l'on annonçait au début ; il semble qu'à partir d'un moment donné cette résorption s'arrête comme pour tous les phosphates de calcium d'ailleurs. On constate donc que les céramiques biphasées prennent progressivement une part prépondérante dans la substitution osseuse. Leur composition est variable mais proche pour les granulés de remplissage de celle de l'Eurocer400®. Les formes plus denses avec un caractéristique de résistance mécanique sont plus originales; les premières sur le marché ont été celles de l'Eurocer 200®, mises au point par le groupe Pro Biomateria du GECO. Leurs résultats sont régulièrement bons lorsque les consignes de mise en place et les indications sont respectées. Il ne leur manque qu'un caractère physique, l'injectabilité, pour en améliorer la maniabilité, surtout dans le contexte actuel de la recherche de l'agression chirurgicale la moindre possible.

L'apparition des ciments phospho-calciques (48 à 52) avec leur injectabilité permet de compléter la gamme des produits de substitution. Les ciments apatitiques (SRS) ou brushitiques (Eurobone®) ont un caractère de résistance mécanique, proche de l'os pour la compression, qui permet leur utilisation pour remplir une cavité, plus ou moins anfractueuse, plutôt rétentive, mieux qu'une forme rigide. Les indications idéales en sont les pertes de substance par compaction du tissu osseux spongieux dans les traumatismes et par extension le remplissage des cavités de tumeurs bénignes, à plus forte raison lorsqu'elles deviennent symptomatiques par fissuration, qui plus est par mini-abord.

Une deuxième famille de substituts phospho-calciques injectables vient d'apparaître : il s'agit des gels de nanoparticules ; le groupe Pro Biomateria a retenu et validé Ostim®, un hydrogel de nanoparticules d'hydroxy-apatite ; injectable il permet le remplissage , sans apporter de résistance mécanique, au moins pendant les 6 premières semaines, temps de son envahissement par les premières travées osseuses. Son aptitude à très bien se conformer à des cavités irrégulières et d'accès pas toujours aisé en font un concurrent sérieux des granulés dans certaines indications, comme les ostéotomies de tibia ou autres, les reprise de prothèse de hanche au fémur , voire au cotyle.

Tous ces substituts phospho-calciques, injectables ou non, ne se résorbent pas autant que l'on le croyait au départ. Il semble au vu de l'expérience du groupe Pro Biomateria, et de récentes communications au dernier " World Congress for Biomaterials " à Sydney en mai 2004, qu'il s'établit à partir d'un certain temps (quelques semaines) un équilibre entre résorption et construction osseuse, avec une cohabitation de contact sans aucun problème, probablement suite au dépôt d'une couche d'apatite amorphe: le substitut phospho-calcique ne se résorbe plus mais a rempli son rôle, ce qui est l'essentiel.

Pour tous ces substituts phopho-calciques l'intégration dans l'os receveur est donc parfaite ; de plus on reparle de plus en plus d'une notion, publiée il y presque dix ans déjà (53), l'ostéo-induction. Le futur sous réserve de faisabilité économique, et cela est une autre affaire, verra probablement l'apparition de substituts phospho-calciques dopés avec des facteurs de croissance, des antibiotiques ou d'autres substrats bioactifs.

 

Claude Schwartz, Président du groupe Pro Biomateria (GECO), juillet 2004.

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